Témoignage d'un
ancien maquisard :
Au départ, il n'y avait rien d'officiel, mais les groupes de résistance
se sont constitués peu à peu, avec notamment des
hommes qui avaient été envoyés au STO et qui, bénéficiant
d'une permission, désertaient et ne retournaient pas en
Allemagne. Petit à petit, les maquisards se sont retrouvés dans
la forêt, et gardaient le terrain destinés aux
parachutages alliés : caisses de nourriture, armes, ou même officiers
anglais (l'un deux y a d'ailleurs trouvé la mort).
Mais, sur dénonciation, ou parce qu'il était devenu de notoriété
publique (les villageois venaient nous voir le
dimanche, un peu comme dans une colonie de vacances, et les enfants le chantonnait
dans les rues), le Maquis fut
découvert par les Allemands qui décidèrent d'attaquer.
(Reportage des élèves de l' Ecole primaire de Planois)
1944 : La Lorraine et l'Alsace
sont annexées par les allemands. Depuis plusieurs années, il est
impossible d'en sortir ou
d'y rentrer. Certains continuent cependant à organiser la résistance.
La Piquante Pierre est l'un des plus hauts sommets
situé sur la commune de Basse sur le Rupt. Son altitude est de 1008 mètres,
son accès n'est donc pas facile. De plus,
ce lieu est entouré de nombreuses forêts. Il est donc facile de
s'y cacher et difficile de trouver les résistants. C'est aussi
tout proche de plusieurs communes (Gerbamont, Rochesson, Saulxures, Cornimont,
La Bresse, Vagney), ce qui
explique le grand nombre de résistants qui s'y cachent alors.
Témoignage d'une habitante de Basse sur le Rupt :
Le 20 septembre 1944, vers 9h du matin, un allemand va à la mairie et
dit :
- Je veux dix femmes.
Monsieur le Maire alla les chercher. Quand il revint, le chef dit :
- "Il y a un maquis ! " - "On ne sait pas" répondent
les femmes.
-"Nous, on va vous y conduire"
Ils montèrent dans des voitures jusqu'à une ferme. Là l'allemand
ajouta en tendant son index vers la Piquante Pierre :
- "Le maquis est là-haut, vous allez leur dire que, s'ils ne se
rendent pas pour 14h30, on met à feu et à sang La Bresse, Planois,
Cornimont et Sauxures."
Nous montâmes en direction du maquis et les allemands nous tirèrent
dessus pour nous faire avancer; Nous, nous pensions que c'était ceux
du maquis qui tiraient. Quand les maquisards nous ont vues, ils nous ont crié
:
-"Dépêchez-vous ! Venez avec nous !"
Le Lieutenant Monnet nous a accueillies. Nous leur expliquâmes ce que
les allemands attendaient d'eux. Après, nous voulûmes repartir.
Le Lieutenant dit :
-"Ne redescendez pas, restez avec nous" Nous répondîmes
-"Non, on redescend !"
Nous avons dit cela car nous avions peur des allemands. Nous pensions qu'ils
s'en prendraient aux autres, à nos familles. Nous redescendîmes
jusqu'à Planois. Arrivées là-bas, les allemands nous interrogèrent.
Ils pillèrent le village et, le lendemain, nous retrouvâmes les
corps de Pierre et Michel Claudel, de Planois, et de Gilbert Hans, de Cornimont.
Ils avaient été fusillés au cimetière.
Le 21 septembre, vers 13h, les allemands enfermèrent une vingtaine de
personnes dans le café restaurant, et les allemands dirent :
-"Vous pouvez manger, c'est la dernière fois"
Vers six heures, trois allemands sont venus, ont alignés les prisonniers
comme pour les fusiller et ont dit : "Raoust ! (partez!)
Vous avez de la chance, le maquis a été trouvé et anéanti."
Aujourd'hui, une plaque commémorative sur laquelle figurent 83 noms rappelle
combien la guerre a été rude et meurtrière dans la région.